YWRabbi Yosef WeizmanTorah. Thought. Life.
Extrait deגם לנשמה מגיע אוכל

Une personne endormie peut-elle parfois être considérée comme si elle étudiait la Torah pendant son sommeil ?

Le sommeil peut-il avoir une valeur spirituelle lorsqu’une personne se repose intentionnellement afin de retrouver des forces pour la Torah et le service divin ?

Une personne endormie peut-elle parfois être considérée comme si elle étudiait la Torah pendant son sommeil ? Une preuve tirée de la paracha

Lorsque les longues ombres du crépuscule s’étendent sur la terre et que le silence pose une aile douce sur le sol et les arbres, l’homme entre dans sa chambre assombrie et pose sa tête sur son lit. L’odeur de la terre humide et le murmure de la nature composent un décor vivant tandis qu’il franchit le seuil du sommeil et s’enfonce dans le calme de la nuit. À cette heure profonde, lorsque les sens s’éteignent et que le corps est libéré du travail et de l’action, une question ancienne se lève avec force dans le beit midrach : le sommeil d’une personne, lorsqu’elle est totalement inconsciente et incapable de prononcer un mot ou d’ouvrir un livre, peut-il lui être compté comme si elle avait réellement étudié la Torah ? Cette question touche aux racines de l’âme et demande si le repos lui-même peut devenir une partie du service sacré.

Nous nous tournons vers la paracha Vayetsé, où l’Écriture dit : « Yaakov se réveilla de son sommeil et dit : Assurément, l’Éternel est en ce lieu, et moi je ne le savais pas » (Genèse 28,16). Ce verset ouvre une porte centrale sur la relation entre sommeil et conscience spirituelle. Yaakov se réveille vers une reconnaissance divine profonde, ce qui permet aux commentateurs d’examiner la qualité spirituelle de son sommeil lui-même.

Rachi (Genèse 28,16) explique que Yaakov se réveilla « de son sommeil ». Ce n’était pas un sommeil ordinaire, car il avait été précédé par une préparation spirituelle profonde ; même pendant le sommeil, son âme demeurait liée aux réalités supérieures.

Rabbi Abraham ibn Ezra (ad loc.) explique que les justes organisent leurs pas et leur repos de telle manière que le sommeil ne soit pas une simple détente physique, mais puisse devenir un détachement des distractions matérielles et un attachement à une lumière supérieure.

Le Ramban (ad loc.) souligne la sainteté du lieu et l’effet de l’heure sur la conscience de Yaakov. Son sommeil en ce lieu redoutable faisait partie de son service intérieur de Dieu, car la pensée pure qui l’avait précédé transforma ce repos en cadre de la Présence divine.

Le Radak (ad loc.) explique la Providence particulière qui accompagne le juste à chaque instant. Même lorsque les yeux sont fermés et que la conscience ordinaire est inactive, la pensée sainte continue à exercer son influence cachée.

Le Ralbag (ad loc.) explique que Dieu guide Ses fidèles même lorsqu’ils dorment et ne pensent pas activement, car la préparation spirituelle accomplie avant de se coucher peut faire du sommeil lui-même une partie de leur attachement au Créateur.

Le ‘Hizkouni (ad loc.), à propos de la pierre que Yaakov plaça sous sa tête, souligne la manière dont l’homme remet son âme au Ciel lorsqu’il va dormir, avec la conscience que toute sa conduite vise le service de Dieu.

Le Sforno (ad loc.) explique que la reconnaissance « Assurément, l’Éternel est en ce lieu » est liée au fait que le sommeil n’avait pas été recherché pour le simple plaisir, mais dans un but saint : reprendre des forces pour servir Dieu après le réveil.

Le Targoum Onkelos (ad loc.) attire l’attention sur la profondeur de la Providence et de la révélation divine vécue par Yaakov durant cette nuit.

Le Targoum Yonatan ben Ouziel développe le passage de manière poétique et décrit le niveau spirituel exceptionnel que Yaakov conserva même lorsqu’il s’allongea pour se reposer sur le lieu du Temple.

Le Kli Yakar (ad loc.) développe l’idée du sommeil des justes et explique comment une intention pure peut transformer les heures de la nuit et du repos inconscient en partie intégrante de l’étude de la Torah et du service spirituel.

Le Talmud, Berakhot 57b, enseigne que le sommeil compte parmi les signes de vie et qu’un bon sommeil est un bon signe. Le sommeil contient un goût de mort, car l’homme remet son âme au Ciel et reçoit une vie et des forces renouvelées pour le service de Dieu.

Rachi sur Berakhot 57b explique que le sommeil est un soixantième de la mort. L’âme est, pour ainsi dire, confiée en haut, et la personne se réveille renouvelée pour les jours à venir.

Tossafot sur Berakhot 57b discutent de la valeur de la préparation au sommeil par le Chéma du coucher et la pureté du cœur. Cette préparation accompagne l’homme dans son repos et dans la protection spirituelle de son âme.

Le Talmud, Nedarim 8a, enseigne des principes relatifs à la récompense, à l’engagement et à l’intention, et les commentateurs examinent la puissance d’une bonne intention pour raffiner l’homme même lorsque son corps repose.

Rachi sur Nedarim 8a, tel qu’il est cité dans ce développement, est compris comme enseignant que le Saint associe une bonne pensée à l’action. Dès lors, quand une personne ne peut étudier activement parce qu’elle dort, l’intention qui a précédé le sommeil peut rattacher les heures de repos à son service de Torah.

Tossafot sur Nedarim 8a éclairent de même la manière dont le dévouement à la Torah et au service divin peut sanctifier tout le cadre de la vie, de sorte que même les heures de repos nécessaires soient reliées au but saint pour lequel l’homme vit.

Le Talmud de Jérusalem, Berakhot 1,1, cite Rabbi Yo’hanan au nom de Rabbi Chimon bar Yo’haï : s’il avait été au Sinaï lorsque la Torah fut donnée, il aurait demandé deux bouches, l’une pour les besoins ordinaires et l’autre pour la Torah. Cet enseignement exprime le désir que chaque heure soit orientée vers la Torah. Plus toute la vie est dirigée vers l’étude, plus les pauses inévitables peuvent elles aussi être intégrées à cette orientation.

Le Penei Moché sur le Talmud de Jérusalem explique que celui qui donne son esprit et son âme à la Torah peut faire de toute sa conduite, y compris le repos, une partie d’une vie immergée dans la Torah. L’intention formée avant le sommeil continue à posséder une force spirituelle.

Le Korban HaEda explique le Yerouchalmi en soulignant la grandeur de Yaakov : même pendant son sommeil en ce lieu saint, son attachement à Dieu ne fut pas interrompu. C’est pourquoi le verset insiste sur le fait qu’il se réveilla « de son sommeil », un sommeil qui demeurait lui-même dans un continuum sacré.

Rabbi Abraham fils du Rambam, dans HaMaspik LeOvdei Hashem, Porte du service, écrit que celui qui dirige son manger, son boire, son sommeil et sa vie domestique vers le service de Dieu, afin de se renforcer pour étudier la Torah et accomplir les mitsvot, transforme ces activités en service complet. L’homme n’est pas mesuré uniquement lorsqu’il est assis devant un livre ouvert. Si l’orientation de tout son jour et de toute sa nuit est d’être un instrument de la volonté du Créateur, le sommeil n’est pas une coupure avec la Torah, mais une préparation vivante qui lui est rattachée.

Rabbénou Mena’hem HaMeiri, dans ‘Hibbour HaTechouva, enseigne que le véritable pieux demeure intérieurement attaché à Dieu à tout instant. Même lorsque les sens sont inactifs et que le sommeil le domine, la pensée pure établie auparavant continue d’agir. L’effort et la Torah qui ont précédé le sommeil l’accompagnent dans le repos et deviennent protection et mérite.

Rabbénou Yossef ibn Kaspi, dans Michné Kesef sur Vayetsé, explique que l’élévation spirituelle des patriarches était si grande que leur sommeil différait du sommeil ordinaire plongé dans les vanités. Il pouvait devenir une forme de détachement de la matérialité et d’attachement à une illumination supérieure. Le réveil de Yaakov suivit ainsi un sommeil qui était lui-même la continuation de son élévation spirituelle.

Parmi les A’haronim, Rabbi Israël Meïr HaKohen, dans Michna Beroura (231,16), écrit qu’un homme doit veiller à ce que toutes ses actions soient pour le Ciel. Même lorsqu’il se couche, il doit avoir l’intention de reprendre des forces afin d’étudier la Torah après son réveil. De cette manière le sommeil lui-même devient une partie du service divin et de la Torah. L’homme n’est pas évalué seulement lorsque la Guemara est ouverte devant lui ; la préparation et l’intention pure avant le sommeil donnent à la nuit une valeur sacrée.

Maran Rabbi Ovadia Yossef, dans les Responsa Yabia Omer (vol. 9, ‘Hochen Michpat 12), explique, dans le cadre cité ici, que le réveil de Yaakov enseigne un principe large : celui qui conduit sa vie dans la sainteté et la pureté peut faire du repos et du sommeil une partie du continuum consacré à l’honneur du Créateur plutôt qu’une rupture avec le service. La Torah étudiée pendant le jour peut continuer à éclairer la nuit.

Mon maître Rabbi Chmouel Halevi Wosner, dans les Responsa Chevet HaLevi (vol. 4, no 17), explique que la préparation avant le sommeil est importante parce que l’âme remise au Ciel pendant le sommeil reçoit sa vitalité des bonnes actions et de la Torah étudiée auparavant. La Torah protège la personne et peut élever le repos nécessaire à l’intérieur du cadre du service de Torah. On comprend ainsi comment le sommeil peut recevoir une valeur au sein d’une vie dont tout l’effort est consacré à la sainteté.

Mon maître Rabbi Acher Weiss, dans les Responsa Min’hat Acher (vol. 1, no 63), explique que l’homme n’est pas mesuré seulement lorsque sa bouche prononce effectivement des paroles de Torah. Si le corps se repose à cause de ses efforts et que toute l’intention est pour le Ciel, afin de rassembler des forces pour servir le Créateur, le sommeil lui-même devient un outil au service de la Torah et une partie de l’effort sacré.

Le Richon LeTsion Rabbi Yitzhak Yossef, dans Yalkout Yossef, lois du lever du matin (section 1), explique que les halakhot du Chéma du coucher et de la préparation spirituelle avant le sommeil montrent que celui qui se couche avec crainte du Ciel et l’intention de se lever pour servir le Créateur peut sanctifier son sommeil. Les heures de repos s’intègrent ainsi à une vie de Torah plutôt que d’être un temps détaché.

Les conséquences pratiques sont importantes.

Celui qui se couche la nuit et formule clairement l’intention de dormir pour reprendre des forces en vue du service de Dieu et de l’étude de la Torah du lendemain peut transformer le sommeil nécessaire en un acte relié à la Torah et au service divin.

Cela donne une importance particulière à la récitation du Chéma du coucher avec concentration et pureté du cœur.

Celui qui se réveille au milieu de la nuit ou tôt le matin bénéficie de la préparation faite avant de dormir, qui l’aide à se lever rapidement pour le service divin et à ne pas céder de nouveau à l’inertie. Le sommeil lui-même a été imprégné d’une intention sainte.

Une personne qui travaille pour gagner sa vie ou qui a réellement besoin de repos physique peut, par une pensée pure et une intention avant de se coucher, placer ses besoins corporels dans le cadre du service sacré. Le repos nécessaire n’est alors pas simplement du temps de Torah perdu, mais une partie qui permet de vivre une existence centrée sur les mitsvot.

L’idée profonde est que l’être humain ne se définit pas seulement par les moments où sa bouche prononce de la Torah et où ses mains tiennent des livres saints. Toute la vie est évaluée selon le centre de gravité de sa volonté et de son cœur.

Lorsqu’un homme dirige ses mouvements et ses besoins matériels, y compris le sommeil, vers l’unique but de servir le Créateur, il transforme la matérialité elle-même et soumet le moi à une finalité sainte.

Yaakov, en ce lieu redoutable où l’échelle était posée sur terre et atteignait le ciel, enseigna à toutes les générations qu’il ne doit pas nécessairement exister un mur absolu entre le sacré et le quotidien, entre l’action et le repos. Les portes du Ciel sont ouvertes à celui dont les actes sont pour le Ciel. Le sommeil nocturne peut ainsi devenir une partie d’un continuum de service et d’attachement, de sorte qu’aucune heure ne soit étrangère au Créateur.

Dans le monde plus large de la maturité intérieure, l’homme rencontre constamment la tension entre aspiration spirituelle et corps qui se fatigue. L’âme désire apprendre, créer et s’élever, mais elle vit dans une chair qui a besoin de repos et de renouvellement.

Le lien entre sommeil et service divin enseigne qu’il ne faut pas avoir peur de la faiblesse ou du besoin de dormir. Il faut apprendre à intégrer même la faiblesse et la pause dans le service sacré intérieur.

Lorsqu’une personne vit avec la conscience que sa force et chaque battement de son cœur sont consacrés au Ciel, les heures d’obscurité et de sommeil ne sont pas un temps perdu. Elles deviennent une partie du cycle complet d’une vie qui recherche une élévation spirituelle jusque dans le silence.

La foi pure élève l’homme au-dessus du sentiment de vide des heures de repos et lui donne la certitude que même lorsqu’il est allongé sans bouger, son intention et sa bonne volonté gardent une signification spirituelle.

La conduite pratique appelle donc à aller dormir avec un esprit apaisé, à réciter le Chéma avec concentration et à former une intention claire : que ce sommeil permette de servir le Créateur avec santé et énergie le lendemain.

Nous pouvons emporter dans la vie quotidienne une idée apaisante et puissante : chaque instant, même les heures de sommeil et de repos physique, peut être immergé dans la sainteté grâce à une intention pure pour le Ciel. Cela libère l’homme de la course anxieuse visant à prouver sa valeur à chaque seconde d’éveil.

L’homme n’est pas mesuré seulement aux heures où ses livres sont ouverts devant lui, mais aussi à la manière dont il se prépare à la nuit et au renouvellement du lendemain. Cette conscience donne la force d’affronter la fatigue du corps et peut élever toute conduite ordinaire au niveau d’un service sincère devant le Créateur.

L’essentiel :

Le parcours de cette question nous laisse le principe qu’il ne doit pas nécessairement exister une séparation absolue entre le sacré et le quotidien, activité et repos. Celui qui oriente sa volonté pour le Ciel peut faire en sorte que même son sommeil nocturne appartienne à une vie de Torah. Dans le silence du sommeil, l’âme se renouvelle, le cœur se remet avec amour au Ciel, et l’on découvre que chaque étape de la vie d’une personne attachée à son Créateur appartient à un seul continuum de finalité sainte.

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