YWRabbi Yosef WeizmanTorah. Thought. Life.
Extrait deגם לנשמה מגיע אוכל

Une personne qui parle de choses futiles pendant Chabbat a-t-elle manqué la mitsva « Vous garderez Mes Chabbatot » ? Une preuve tirée de la paracha

Éviter les travaux interdits suffit-il pour Chabbat, ou la manière de parler fait-elle aussi partie de la vision de la Torah sur la sainteté du jour ?

Une personne qui parle de choses futiles pendant Chabbat a-t-elle manqué la mitsva « Vous garderez Mes Chabbatot » ? Une preuve tirée de la paracha

Le crépuscule descend sur le monde, et le silence qui enveloppe la Création le septième jour n’est pas seulement une pause dans le travail physique. Nous nous trouvons devant une question qui touche à la sainteté de la bouche et de la parole humaine. Une personne peut-elle observer Chabbat avec une grande précision, garder les trente-neuf mélakhot et leurs dérivés, tout en dépensant ses heures sacrées en bavardage vide et conversations profanes sans but, et faire ainsi plus que perdre un temps précieux ? Une telle parole peut-elle atteindre la mitsva même de garder Chabbat ?

La question devient plus aiguë lorsque nous rencontrons dans notre paracha la remarquable proximité entre la révérence envers les parents et la garde du septième jour. Elle nous enseigne la puissance de la parole et une forme de cessation qui atteint la faculté d’énonciation elle-même. Lorsque le Saint, béni soit-Il, « se reposa » après la Création, Son repos concernait-il seulement l’action, ou aussi les maamarot divins par lesquels ciel et terre vinrent à l’existence ? Nous parcourons donc les chemins de la halakha et de la pensée juive afin de comprendre si les mots qui sortent de notre bouche pendant Chabbat peuvent devenir des pierres de sainteté ou, Dieu nous en préserve, une atteinte au caractère même du jour.

La Torah dit : « Chaque homme craindra sa mère et son père, et vous garderez Mes Chabbatot ; Je suis l’Éternel votre Dieu » (Lévitique 19,3).

Rachi (Lévitique 19,3) explique la proximité : bien que la Torah ait ordonné la révérence envers les parents, si un parent ordonne de profaner Chabbat on ne l’écoute pas, et il en va de même pour les autres mitsvot. « Je suis l’Éternel votre Dieu » : toi et ton père êtes tous deux obligés à Mon honneur. Nous apprenons ainsi que la sainteté de Chabbat ne recule pas même devant la haute mitsva d’honorer et de craindre ses parents. Plus largement, le pluriel « Mes Chabbatot » indique plusieurs dimensions de la garde du jour, dont la sainteté de la parole.

Rabbi Avraham Ibn Ezra (Lévitique 19,3) explique « Vous garderez Mes Chabbatot », car Chabbat est un signe entre Dieu et Israël. Il comprend le pluriel comme incluant le Chabbat de la Création et les cycles sabbatiques. Chabbat est donc un signe d’alliance et d’identité. Lorsqu’un Juif le garde, il témoigne de son lien avec le Créateur. Puisque la parole est l’une des facultés qui expriment de manière unique la personnalité humaine, sanctifier la bouche raffine ce témoignage.

Le Ramban (Lévitique 19,3) explique également que le verset enseigne que même l’ordre d’un parent ne peut repousser Chabbat et que le pluriel se rapporte aux Chabbatot de l’année. L’observance de Chabbat devient ainsi un axe central de la révérence. L’exigence de « garder » le jour appelle à la vigilance non seulement sur les mains, mais aussi sur l’atmosphère créée par nos paroles.

Le ‘Hizkouni (Lévitique 19,3) explique, selon le sens simple, que de nombreuses mitsvot sont liées à Chabbat parce que ce jour-là tous se rassemblent dans les synagogues et maisons d’étude et entendent des paroles de Torah. Selon cela, l’une des finalités du Chabbat est la parole sacrée et l’étude. Le bavardage futile n’est donc pas simplement « ne rien faire » ; il peut chasser précisément le contenu pour lequel le rassemblement sacré fut créé.

Le Kli Yakar (Lévitique 19,3) explique la proximité entre crainte des parents et Chabbat en notant que tous deux témoignent de vérités fondamentales concernant la création et l’origine de l’existence humaine. Chabbat témoigne que Dieu renouvela et créa le monde. Puisque le monde vint à l’existence par la parole divine, diminuer l’usage créatif et profane de la parole le Chabbat devient un témoignage particulièrement puissant de la Création.

Maran le Richon LeTsion Rabbi Ovadia Yossef, dans Anaf Ets Avot, développe cette proximité sur la base du Talmud de Jérusalem. Si un père ou une mère parle excessivement d’affaires profanes le Chabbat, l’enfant peut doucement leur rappeler : « Aujourd’hui c’est Chabbat », car tous sont obligés envers l’honneur du Créateur. Selon cette lecture, « Vous garderez Mes Chabbatot » contient une dimension profonde de repos de la parole ordinaire, puisque la propre cessation du Créateur au terme de la Création fut aussi cessation des maamarot créateurs.

Des versets nous entrons dans les enseignements de nos Sages, où la racine du repos verbal est formulée explicitement.

Le Talmud de Jérusalem, Chabbat 15,3, enseigne au nom de Rabbi Abbahou : « Chabbat pour l’Éternel : repose comme l’Éternel s’est reposé. De même que le Saint, béni soit-Il, s’est reposé du maamar, toi aussi repose-toi du maamar. » Il ne s’agit pas seulement de repos physique. C’est une imitation du Créateur. De même que Dieu cessa les utterances créatrices par lesquelles le monde vint à l’existence, le Juif est appelé à cesser le mode profane de la parole et à permettre à Chabbat de devenir une sphère différente.

La Pessikta Rabbati (section 23, paragraphe 3) enseigne de même au nom de Rabbi Meïr : « De même que ton Dieu s’est reposé du maamar, toi aussi repose-toi du maamar. » Le repos verbal n’est donc pas simplement une ‘houmra privée ; il exprime comment Chabbat devient véritablement « pour l’Éternel ton Dieu ».

Chabbat 119b enseigne au nom de Rabbi Elazar que la parole peut être comparée à l’action, comme il est écrit : « Par la parole de l’Éternel les cieux furent faits. » La parole n’est pas un néant spirituel. Les mots possèdent une puissance. Si la parole peut être considérée comme une action dans le monde spirituel, le bavardage profane sans finalité pendant Chabbat est plus qu’une perte de temps : il peut introduire l’activité de semaine dans un jour défini par la cessation.

Chabbat 113b interprète « vedaber davar » : « Que ta parole de Chabbat ne soit pas comme ta parole de semaine. » Rachi l’explique particulièrement à propos des affaires personnelles et commerciales. Les Sages et décisionnaires ultérieurs mettent également en garde contre l’excès de conversation vide. Même lorsque le contenu ne constitue pas commerce ou mélakha, inonder le jour de langage ordinaire peut diminuer son caractère unique.

Tossafot sur Chabbat 113b citent le Talmud de Jérusalem concernant Rabbi Chimon bar Yo’haï. Sa mère âgée parlait beaucoup le Chabbat, et il lui disait doucement : « Maman, tais-toi ; aujourd’hui c’est Chabbat. » Rabbi Chimon, qui honorait certainement sa mère, considérait le repos verbal comme assez important pour rediriger la conversation. La leçon n’est pas l’irrespect, mais la sensibilité au bruit que le bavardage profane peut introduire dans le calme du jour saint.

Les Richonim définissent la portée pratique de cette idée.

Rachi sur Chabbat 113b explique « que ta parole de Chabbat ne soit pas comme ta parole de semaine » en référence aux affaires personnelles et commerciales. Les mots qui sortent de la bouche contribuent à déterminer si l’homme habite un espace de kedoucha ou traîne la conscience des six jours dans Chabbat.

Tossafot, par le récit de Rabbi Chimon bar Yo’haï et de sa mère, montrent que la question ne se limite pas aux paroles explicites concernant une mélakha. La multiplication des conversations ordinaires peut elle-même contredire la qualité du Chabbat.

Le Rambam, dans son Commentaire de la Michna (Chabbat, chap. 15), écrit que la parole de style profane est interdite le Chabbat et le déduit de « vedaber davar ». L’usage du langage de l’interdit montre qu’il ne s’agit pas uniquement d’un raffinement spirituel facultatif.

Le Ran, sur le Rif à Chabbat, explique que même les paroles sans rapport avec une mélakha concrète, lorsqu’elles sont vides et sans but, ne doivent pas être multipliées le Chabbat. Le problème n’est pas seulement le sujet, mais le fait de transformer un temps sacré en bavardage ordinaire.

Le Meïri, Beit HaBe’hira sur Chabbat 113b, explique que l’enseignement principal concerne les affaires et désirs profanes, mais que la parole sans but doit elle aussi être réduite. Les plans et volontés de l’homme s’expriment par le langage ; Chabbat l’appelle à desserrer l’emprise de ces préoccupations.

Rabbi Chimon ben Tsema’h Duran, Tachbets (partie 3, siman 65), développe l’idée que la parole possède une force d’action et que Chabbat exige cessation de l’action. Celui qui remplit Chabbat de paroles vides affaiblit, au niveau même de l’essence du jour, la qualité de repos demandée par Chabbat.

Les A’haronim affinent la connexion entre « Vous garderez Mes Chabbatot » et le repos verbal.

Rabbi Chmouel Strachoun, dans Melo HaRo’im sur Chabbat 119b, explique que puisque l’Écriture ordonne « Vous garderez Mes Chabbatot », et puisque Dieu créa le monde par la parole — « Par la parole de l’Éternel les cieux furent faits » —, la cessation du Créateur fut en un sens profond une cessation de la parole créatrice. Notre imitation de Son Chabbat inclut donc le repos de l’usage ordinaire de la parole.

Maran Rabbi Yossef Chaoul Nathanson, Divrei Chaoul sur la paracha, développe la proximité entre révérence parentale et Chabbat. Il cite l’histoire de la mère de Rabbi Chimon bar Yo’haï et explique que, bien que nous devions honorer père et mère, « Vous garderez Mes Chabbatot » : la cessation du Créateur concernant la parole doit elle aussi être gardée. Parent et enfant sont également obligés à Son honneur.

Rabbi Yossef Babad, Min’hat ‘Hinoukh (mitsva 32), considère « vedaber davar » comme une restriction sérieuse et la relie au concept positif de cessation sabbatique. Même si la parole ne comporte pas l’acte physique normalement associé à des coups, la discipline verbale fait partie de l’intégrité du repos de Chabbat.

La Michna Beroura (307,2) tranche que la parole de Chabbat ne doit pas ressembler à celle de semaine et met en garde contre la multiplication de conversation profane et de paroles futiles. La préoccupation s’étend à tout langage qui diminue la dignité du jour, même si les mots ne contiennent aucun interdit indépendant.

Rabbi Yossef ‘Haïm de Bagdad, Ben Ich ‘Haï (année 2, parachat Chemot), écrit qu’une personne doit être particulièrement vigilante à ne pas parler de choses futiles le Chabbat, parce que Chabbat correspond à une dimension supérieure de la parole. Les mots profanes peuvent obstruer le flux spirituel particulier du jour.

Rabbi Aryeh Leib Gunzburg, Chaagat Aryeh (siman 65), analyse le principe selon lequel la parole peut fonctionner comme une action à l’égard du Chabbat. L’ordre de garder le jour inclut donc la garde de la bouche contre les formes de langage qui incarnent l’activité de semaine.

Les grands maîtres récents portent la question directement dans la vie contemporaine.

Mon maître Rabbi Acher Weiss, Min’hat Acher sur la paracha, explique que lorsque les Sages comparent parole et action, il ne s’agit pas simplement d’une poésie. La parole de semaine active une conscience de semaine. Lorsqu’un homme parle longuement d’affaires profanes le Chabbat, il attire l’atmosphère mentale des six jours vers le septième. L’idée positive du repos inclut donc le retrait des modes ordinaires de l’engagement profane.

Rabbi Raphaël Yom Tov Lipman Heilperin, Mata deYerouchalayim sur Chabbat 113, demande : si le repos verbal découle déjà de « Vous garderez Mes Chabbatot », pourquoi le Talmud a-t-il besoin du verset séparé « vedaber davar » ? Il répond qu’à partir de la première source nous aurions pu penser que seule est concernée une parole produisant une action, analogue à la parole créatrice du Créateur. Le verset d’Isaïe élargit la restriction au mode ordinaire de parole profane.

Le Richon LeTsion Rabbi Yitzhak Yossef, Ein Yitzhak, souligne que l’un des domaines où l’observance de Chabbat peut facilement se relâcher n’est pas nécessairement les trente-neuf mélakhot, à propos desquelles les Juifs pratiquants sont souvent très vigilants, mais le bavardage vide et profane. Il relie cela à Chabbat 118b : « Si Israël gardait deux Chabbatot selon la halakha, il serait immédiatement délivré. » Certains demandent : n’y a-t-il jamais eu deux Chabbatot correctement observés ? Selon cette approche, une observance complète inclut également la discipline de la parole. Si Israël apprenait réellement à se reposer de l’énonciation profane à l’image du Créateur, la puissance rédemptrice du Chabbat se révélerait davantage.

Mon maître Rabbi Chmouel Halevi Wosner, Chevet HaLevi (partie 5, siman 39), explique que la formule du Talmud de Jérusalem « repose du maamar » constitue une définition essentielle de la cessation. La parole humaine reflète le tselem Elokim. Sanctifier la parole le Chabbat revient donc à sanctifier l’une des facultés centrales par lesquelles l’être humain ressemble à son Créateur.

Rabbi Pin’has Mena’hem Alter de Gour, Imrei Emet sur Kedochim, explique la proximité entre révérence envers les parents et Chabbat en notant que la bouche sert à la fois les relations humaines et le service divin. De même qu’on ne contredit pas un parent avec mépris, on ne doit pas « contredire » le silence et le repos du Chabbat par un flot incontrôlé de parole profane. Le silence le Chabbat devient une forme d’honneur envers Celui qui parla et le monde exista.

Ces sources conduisent à des applications concrètes.

La première concerne les conversations pendant les repas de Chabbat et les réunions familiales. Le repos verbal ne signifie pas silence absolu. Il signifie orienter la conversation loin du bavardage profane sans but — commérages, nouvelles, politique et préoccupations ordinaires — vers Torah, récits de justes, gratitude, emouna, lien familial et paroles conformes à la sainteté du jour. La table de Chabbat n’est pas seulement une rencontre sociale ; elle est une « table devant l’Éternel », et la parole qui l’entoure doit le refléter.

La deuxième application concerne la tension entre kiboud horim et l’atmosphère de Chabbat, comme l’illustre Rabbi Chimon bar Yo’haï. Si la famille ou les parents glissent vers des conversations profanes excessives, la réponse doit être douce et respectueuse : « Aujourd’hui c’est Chabbat. » Il ne faut jamais utiliser Chabbat comme prétexte à l’irrespect. Le but est d’inviter chacun avec amour à revenir à la qualité du jour.

La troisième application concerne la planification des affaires de semaine. Des phrases comme « demain j’irai à tel endroit » ou « la semaine prochaine je réaliserai telle affaire » peuvent entrer dans la catégorie de la parole profane interdite lorsqu’elles concernent des activités qui ne peuvent être faites le Chabbat. La parole sabbatique doit être enracinée dans le présent sacré, plutôt que de tirer continuellement le travail de demain dans le repos d’aujourd’hui.

La quatrième application est ce que l’on peut appeler le « silence sanctifiant ». Celui qui cherche à grandir spirituellement peut réserver des périodes du Chabbat où il se retire entièrement du bavardage profane et se consacre à la réflexion silencieuse ou à l’étude de Torah. Ce silence n’est pas vide. Il constitue une forme active de garde du jour, donnant à l’âme l’espace de respirer l’air raffiné du Chabbat sans le poids des paroles inutiles.

Nous apprenons donc que la halakha ne demande pas seulement aux mains de s’arrêter. Elle demande une discipline de la parole. Chaque mot profane inutile que nous retenons peut devenir une brique supplémentaire du sanctuaire intérieur construit pendant Chabbat.

L’idée conceptuelle centrale est que la parole relie pensée et action. Chez le Créateur il n’existe aucun écart entre volonté et réalité ; la parole divine est, pour ainsi dire, « l’instrument » par lequel le monde passa de la puissance à l’acte : « Par la parole de l’Éternel les cieux furent faits. » La parole humaine est un reflet fini de ce pouvoir créateur. Lorsque la Torah nous ordonne de garder Chabbat, elle nous demande de nous reposer de l’usage profane de cette faculté. Reposer du maamar ne signifie donc pas seulement « ne pas travailler » ; cela signifie témoigner que le Chabbat le monde se tient complet et n’a pas besoin de notre gestion verbale permanente.

Il y a une profondeur supplémentaire dans l’enseignement « la parole est comme l’action ». Les mots ne sont pas simplement de l’air. Ils transforment l’atmosphère spirituelle. De même qu’un acte physique peut modifier la réalité matérielle, une conversation profane peut modifier la qualité intérieure du temps sacré. Chabbat est un récipient pour la nechama yetera ; la parole vide peut devenir un bruit qui trouble la clarté du récipient. S’en abstenir crée activement un espace où la Chékhina peut demeurer.

« Repose comme l’Éternel s’est reposé » enseigne également le bittoul. Dieu cessa de la parole créatrice et permit à la Création de subsister dans l’ordre qu’Il avait fixé. Nous cessons de la parole de semaine pour déclarer que le monde ne nous appartient pas et ne dépend pas de nos plans et commentaires sans fin. Le bavardage profane exprime souvent notre emprise sur le monde de l’action ; le silence exprime la foi que le monde peut continuer sans notre administration constante. Chabbat demande si nous pouvons relâcher le besoin de « parler le monde en mouvement » et commencer à écouter.

La proximité entre honneur parental et repos verbal enseigne aussi que la véritable relation n’exige pas des mots sans fin. Un silence sacré partagé peut parfois connecter les membres d’une famille plus profondément qu’une conversation incessante. Chabbat déplace la parole de la bouche vers le cœur et du cœur vers notre Père céleste.

Sur le plan de la pensée juive, l’être humain est défini comme un « être parlant ». Le Targoum rend « nefesh ‘haya » par « esprit parlant ». La parole est donc l’âme se révélant à l’extérieur. L’excès de paroles vides disperse l’âme vers l’extérieur. Chabbat rassemble les fragments éparpillés de la semaine et les ramène vers leur racine. Le silence à l’égard du profane fonctionne comme un tsimtsoum spirituel : l’homme contracte sa parole afin de faire place à un monde intérieur. Le silence n’est pas un vide mais une plénitude spirituelle.

Pendant les six jours de travail, la parole est souvent un outil de lutte et de survie : nous parlons pour obtenir, persuader, organiser et agir. Se reposer de la parole ordinaire le Chabbat libère l’âme de son besoin constant de s’expliquer et de gérer le monde extérieur. Celui qui discipline ses mots expérimente une véritable liberté. Savoir se taire démontre la maîtrise de ses forces plutôt que l’esclavage envers l’habitude verbale.

La discipline de la parole pendant Chabbat peut raffiner le langage de toute la semaine. Chaque mot vide évité augmente le poids des paroles ultérieures. Une bouche traitée comme un récipient sacré produit une parole plus vraie, plus bénissante et plus signifiante. Si l’on remplit le jour saint de banalités, on émousse ce récipient. Garder la parole le Chabbat entraîne donc la faculté de parole pour toute la semaine.

La dimension morale commence avec la maîtrise de soi. La vraie force ne consiste pas seulement à conquérir des villes ; elle consiste à conquérir sa bouche. Un flot ininterrompu de mots peut être une fuite devant la confrontation intérieure. Chabbat nous demande de nous arrêter. La capacité de contenir l’envie de parler sans but est un test de liberté. La personne moralement mûre gouverne l’arme de la parole au lieu de laisser les mots se déverser sans intention.

Une deuxième leçon morale est la présence pleine. Le bavardage peut nous voler du temps sacré et nous éloigner de la relation avec le Créateur. Remplir Chabbat de conversations de semaine peut révéler un malaise face au silence et au contenu intérieur. Se taire enseigne la présence : écouter la famille, écouter la Torah, écouter la kedoucha sans couvrir la réalité de bruit inutile. Garder la parole est donc respect du temps et de la vie elle-même.

Un troisième principe est la responsabilité sociale. La parole affecte l’atmosphère de tous ceux qui nous entourent. L’histoire de Rabbi Chimon bar Yo’haï enseigne qu’il existe des moments où l’acte responsable est de rediriger une conversation pour protéger la sainteté du groupe. Celui qui choisit une parole plus sacrée donne à son entourage davantage d’espace pour le calme et l’élévation.

Enfin apparaît la morale de la vérité intérieure. Celui qui accepte une plus grande discipline verbale le Chabbat construit de l’intégrité. Les mots doivent refléter toujours mieux ce qui compte réellement. « Vedaber davar » recherche l’harmonie entre parole, pensée et but sacré. Chabbat devient une école de parole dans laquelle le silence est l’un des grands maîtres, et le bon élève apprend quand dire, aux autres et à lui-même : « Aujourd’hui c’est Chabbat. »

Du silence béni du Chabbat nous retournons au bruit de la vie ordinaire en portant la kedoucha entre nos lèvres. La bouche n’est pas simplement un appareil de communication ; elle est la chambre dans laquelle apparaît l’âme parlante. Pendant Chabbat elle peut devenir un récipient sacré destiné à faire résonner des mots dignes du jour. Chaque parole profane inutile retenue crée un nouvel espace de calme intérieur. « Aujourd’hui c’est Chabbat » ne doit pas devenir un slogan coercitif, mais une invitation aimante à faire place à la nechama yetera.

L’essentiel :

La question de savoir si une personne qui prononce des paroles futiles pendant Chabbat porte atteinte au commandement « Vous garderez Mes Chabbatot » trouve une réponse profonde dans notre paracha et dans les enseignements de nos Sages. Dans la dimension positive de la cessation sabbatique, le Juif est appelé à imiter le Créateur : de même que le Saint, béni soit-Il, cessa le maamar par lequel Il créa ciel et terre, le Talmud de Jérusalem enseigne : « Repose comme l’Éternel s’est reposé ; de même qu’Il s’est reposé du maamar, toi aussi repose-toi du maamar. »

Le Talmud de Jérusalem, soutenu par la Pessikta et par l’explication de Melo HaRo’im, enseigne que la parole possède la force d’une action. Les conversations profanes et paroles futiles ne sont donc pas simplement une « perte de temps » ; elles peuvent constituer une atteinte substantielle à « Vous garderez Mes Chabbatot » et à l’avertissement prophétique « vedaber davar », qui demande que la parole de Chabbat ne ressemble pas à celle des jours de semaine.

Le Divrei Chaoul le déduit directement de notre paracha, de la juxtaposition entre « Chaque homme craindra sa mère et son père » et l’ordre de garder Chabbat. Le devoir de repos verbal est assez important pour que même l’honneur dû aux parents ne justifie pas la poursuite d’une conversation profane et vaine pendant Chabbat, comme l’illustre le rappel délicat de Rabbi Chimon bar Yo’haï à sa mère.

En conclusion, le bavardage futile et incontrôlé pendant Chabbat constitue une atteinte fondamentale à la dimension positive de la cessation sabbatique. Garder sa langue de la parole profane n’est donc pas un raffinement marginal, mais une composante de l’observance complète du Chabbat. Nos Sages relient cette plénitude du Chabbat à la délivrance : en apprenant à retenir la parole de semaine, l’homme se rapproche de l’idéal de « deux Chabbatot selon la halakha », par le mérite desquels peut se révéler la lumière de la délivrance complète.

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