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Pourquoi les Sages ont-ils institué « VeHou Ra’houm » précisément dans la prière du soir ?

Pourquoi les sages ont-ils institué la supplication « Vehou Ra’houm » particulièrement pour la prière du soir ?

Pourquoi les Sages ont-ils institué « VeHou Ra’houm » précisément dans la prière du soir ?

La nuit descend sur le monde. Un manteau d’obscurité enveloppe la création et les ombres allongées répandent un profond silence sur la terre. À cette heure, lorsque la lumière disparaît et que la journée s’achève, l’homme se tient seul devant son Créateur. Son âme tremble tandis qu’il regarde derrière lui et examine ce qu’il a accompli pendant les heures écoulées. Le soleil couchant laisse non seulement l’obscurité physique, mais aussi un sentiment de crainte : peut-être les fautes et les échecs du jour l’accusent-ils pendant les heures sombres de la nuit. C’est précisément à cet instant, juste avant de se tenir dans la Amida devant le Roi des rois, que nos Sages ont institué une parole de consolation et de pardon : « VeHou Ra’houm — Il est miséricordieux, Il expiera la faute. » Pourquoi précisément à l’entrée de Ma’ariv cette demande de miséricorde a-t-elle été fixée, alors qu’aucune ouverture identique n’existe pour Cha’harit ou Min’ha ? Quel secret spirituel et halakhique est caché dans les heures de nuit ?

Nous nous tournons vers la paracha Vayetsé, où sont plantées les racines de la prière du soir : « Yaakov sortit de Beer Chéva et se dirigea vers ‘Haran. Il rencontra le lieu et y passa la nuit parce que le soleil s’était couché ; il prit des pierres du lieu, les plaça sous sa tête et se coucha en cet endroit » (Genèse 28,10–11).

De ce verset nos Sages apprennent que Yaakov institua Ma’ariv lorsque le soleil se coucha. Yaakov se tient dans l’obscurité et crée une forme particulière de service pour la nuit. La question se précise donc : pourquoi « VeHou Ra’houm » est-il attaché précisément à cette prière établie au coucher du soleil ? L’entrée dans la nuit est une heure où l’homme a besoin d’une miséricorde céleste particulière et du pardon pour ce qui s’est produit pendant la journée.

Rachi (Genèse 28,11) explique « il rencontra le lieu » comme un langage de prière : nos Sages ont interprété « rencontre » comme prière, ainsi que dans « ne me supplie pas », et de là ils ont appris que Yaakov institua Ma’ariv. La prière nocturne naît ainsi d’une rencontre soudaine au coucher du soleil et répond à l’obscurité par la prière, la miséricorde et l’expiation.

Le Targoum Onkelos traduit le verset littéralement et souligne le moment de frontière entre jour et nuit, lorsque la lumière se retire et que commence un temps qui réclame protection et miséricorde.

Le Targoum Yonatan ben Ouziel développe l’épisode et décrit Yaakov priant au lieu du Temple lorsque le soleil se coucha de manière extraordinaire. Là encore, la prière du soir se tient face à la disparition de la lumière, une heure qui appelle à ouvrir les portes de la miséricorde.

Ibn Ezra comprend « il rencontra le lieu » comme le fait que Yaakov se détourna vers cet endroit, peut-être inhabité. Précisément dans un lieu solitaire, lorsque le monde entre dans l’obscurité, l’homme a besoin de la protection de la prière.

Le Ramban comprend « rencontre » comme prière et insistance. Selon son explication, Ma’ariv possède le caractère de « facultatif » parce que Yaakov ne l’a pas établi de la même manière régulière que les autres prières mais qu’il l’a rencontrée à travers les circonstances du coucher du soleil. Elle devient ainsi naturellement un espace de supplication et de miséricorde.

Le Radak explique lui aussi que « rencontre » peut signifier prière et demande. Se tenir pour Ma’ariv est donc un acte d’imploration devant le Ciel pour les actions du jour.

Le Sforno explique que Yaakov pria là parce qu’il reconnut que l’endroit convenait au recueillement et à l’attachement à Dieu, particulièrement au terme de la journée. Le passage vers la nuit invite à l’introspection et à la demande de pardon.

Le ‘Hizkouni explique que Yaakov arriva soudainement parce que le soleil se coucha avant son heure habituelle. Cette entrée inattendue dans l’obscurité le conduisit à instituer la prière du soir.

Rabbénou Ephraïm ben Chimchon relie Ma’ariv aux membres et aux graisses du Tamid de l’après-midi qui continuaient à brûler durant la nuit. Cela rattache directement la prière au service sacrificiel et à l’expiation nocturne.

Les sources talmudiques approfondissent ces fondements.

Berakhot 26b déclare que Yaakov institua Ma’ariv à partir de « il rencontra le lieu et y passa la nuit parce que le soleil s’était couché ». Yaakov introduisit la réalité de la prière dans l’heure même de la tombée de la nuit.

Berakhot 4b enseigne au nom de Rabbi Yo’hanan que celui qui relie la délivrance à la Amida de Ma’ariv est un « ben Olam Haba ». Bien que la sortie d’Égypte ne fût achevée qu’au matin, elle commença durant la nuit. La nuit n’est donc pas seulement dissimulation ; elle contient aussi le commencement de la délivrance et devient une heure appropriée pour demander miséricorde.

Yoma 20b discute des sacrifices quotidiens et de leurs horaires. Le Tamid de l’après-midi expiait les fautes du jour, tandis que la nuit aucun nouveau Tamid n’était apporté ; seuls les membres et les graisses continuaient à brûler. Cette distinction se trouve au cœur de l’explication de « VeHou Ra’houm ».

Le Talmud de Jérusalem, Berakhot 4,1, enseigne que Ma’ariv n’a pas la même fixation que les prières diurnes parce qu’elle ne correspond pas à un nouveau sacrifice, mais aux membres et aux graisses qui brûlent toute la nuit. Comme elle n’est pas rattachée à un nouveau Tamid, les Sages ont institué une demande verbale particulière de miséricorde.

Le Talmud de Jérusalem, Yoma 8,7, enseigne que Yom Kippour expie avec la téchouva et que la téchouva expie certaines fautes. Cela renforce l’idée que la fin du jour et l’entrée dans la nuit sont des moments propices à l’éveil du repentir.

Les Richonim donnent plusieurs raisons distinctes.

Le Sefer HaPardes attribué à Rachi et Chibolei HaLeket (lois de la prière, no 49) citent Rabbénou Eliezer HaGadol au nom du Midrach Tan’houma : personne ne passait la nuit à Jérusalem en gardant une faute, car le Tamid du matin expiait les fautes de la nuit et celui de l’après-midi les fautes du jour. C’est pourquoi, matin et soir, nous implorons le pardon. Le matin, la demande est incluse dans d’autres passages liturgiques, alors que « VeHou Ra’houm » a été spécialement fixé à Ma’ariv parce qu’aucune nouvelle offrande n’y est apportée.

Le Tour (Ora’h ‘Haïm 237) rapporte une autre raison : il existait autrefois une pratique de recevoir des coups le soir en réparation des fautes du jour. Après ces coups, on disait « VeHou Ra’houm » pour demander la miséricorde.

Chibolei HaLeket et Sefer HaPardes donnent également une explication simple : l’homme faute tout au long du jour et, le soir, il a besoin de dire « VeHou Ra’houm ».

Le Kol Bo (no 28) et le Beit Yossef (Ora’h ‘Haïm 237) citent le Tan’houma et expliquent que, puisqu’aucun nouveau Tamid n’est offert la nuit pour expier les fautes du jour, les Sages ont appliqué « nos lèvres remplaceront les taureaux » et institué « VeHou Ra’houm » avant Ma’ariv.

Chez les A’haronim, d’autres dimensions apparaissent.

Le Pri Megadim (Ora’h ‘Haïm, Michbetsot Zahav 237) explique selon la Kabbale que la nuit est un temps où jugement et accusation dominent davantage. Avant le Tamid du lendemain matin, nous demandons donc à Dieu, dans Sa grande miséricorde, de pardonner la faute et d’écarter les accusateurs.

Le Choul’han Aroukh (Ora’h ‘Haïm 237,1) rapporte l’usage de commencer par « VeHou Ra’houm » et précise qu’on ne le récite pas les soirs de Chabbat et de fête.

La Michna Beroura (237,1) explique l’omission à Chabbat et Yom Tov : ce ne sont pas des temps de supplication et d’expiation à la manière des jours ordinaires ; on n’y dit pas Ta’hanoun ; et les membres du Tamid de semaine ne sont pas traités de la même manière pendant ces nuits.

Le ‘Hayé Adam (28,1) souligne le soir comme une heure d’examen intérieur. À la fin du jour, l’homme doit revoir ses actes, et « VeHou Ra’houm » éveille son cœur à la téchouva avant de dormir.

Les décisionnaires plus récents poursuivent cette ligne.

Maran Rabbi Ovadia Yossef, dans les Responsa Ye’havé Da’at (vol. 5, no 54), analyse la coutume et explique que le verset fut fixé à Ma’ariv en lien avec l’absence d’un nouveau Tamid pendant la nuit, comme une demande pure de miséricorde avant la Amida.

Mon maître Rabbi Acher Weiss, dans Min’hat Acher, enseignements sur la prière, explique que placer « VeHou Ra’houm » au début de Ma’ariv vise à éveiller dans le cœur l’attribut supérieur de miséricorde et à rappeler que, même lorsqu’aucun sacrifice obligatoire nouveau n’est offert dans le Temple pendant l’obscurité, les portes du pardon ne ferment jamais.

Rabbi Yitzhak Yossef, dans Yalkout Yossef (Ora’h ‘Haïm 237), explique que ce verset constitue une ouverture significative à Ma’ariv, où l’homme demande expiation pour les fautes du jour avec confiance dans la bonté et la grande miséricorde de Dieu.

Plusieurs conséquences pratiques en découlent.

Premièrement, la distinction entre semaine et nuits de Chabbat ou de fête. Puisque l’institution se rattache à l’expiation des jours ordinaires et à l’absence d’un nouveau Tamid, « VeHou Ra’houm » n’est pas récité à Ma’ariv le vendredi soir ou les soirs de Yom Tov.

Deuxièmement, une personne priant seule le récite également. Il ne s’agit ni de Kaddich ni de Kedoucha, mais d’un verset de supplication qui ne nécessite pas de minyan.

Troisièmement, il mérite concentration. Puisqu’il fut établi comme forme de prière lorsqu’aucune nouvelle offrande nocturne n’expie, il convient de le dire lentement et non machinalement.

Au-delà des raisons juridiques apparaît une idée profonde. La nuit représente le retrait de la lumière visible. Les actions de la journée sont déjà closes et l’homme se trouve face à ce qu’il a produit. Pendant le jour, lorsque les mitsvot sont accomplies et que les Tamidim étaient offerts, la sainteté apparaît ouvertement. Le soir, avec l’obscurité, un sentiment de manque remonte. C’est précisément alors que les Sages nous ont appris à invoquer la miséricorde divine, montrant qu’elle ne dépend pas de la lumière visible.

Nous pouvons aussi comprendre « VeHou Ra’houm » comme réponse à l’absence d’un nouveau Tamid. Le sacrifice est un acte physique et tangible qui expie. La nuit, lorsqu’il n’y a plus de nouvelle offrande, reste la prière du cœur. Les Sages enseignent que là où l’acte matériel manque, une pensée pure et une demande sincère peuvent construire un autel spirituel.

Le passage du jour à la nuit reflète également les états intérieurs de l’âme. Pendant la journée, l’homme peut être emporté par le travail, l’activité et la course de la vie, oubliant son lien intérieur à la source de son existence. L’obscurité impose une pause. Lorsque les yeux physiques voient moins, les yeux intérieurs peuvent s’ouvrir. Revoir les échecs, la fatigue et les fautes accumulés peut produire tristesse ou désespoir. C’est précisément là que « VeHou Ra’houm » plante la certitude que, même lorsque la lumière visible se retire, la lumière supérieure de la miséricorde ne s’éteint jamais.

Le service du jour et celui de la nuit représentent donc deux formes de service divin. Le jour, parallèle aux sacrifices quotidiens, est service par l’action visible. La nuit est service de foi simple au cœur du voilement. Lorsqu’il n’y a pas de sacrifice tangible sur l’autel, l’homme doit offrir son cœur et son âme par la prière. « VeHou Ra’houm » donne la force de croire que, même sans grandes actions à présenter, un retour sincère vers la miséricorde divine peut ouvrir le Ciel et renouveler l’âme.

Une boussole morale ressort de cette pratique. La première leçon est l’humilité et le courage de regarder le manque en face. Un homme droit ne fuit pas sa responsabilité. En examinant sa journée, il ne justifie pas ses erreurs. Ouvrir Ma’ariv par une demande de miséricorde enseigne que la perfection n’est pas l’absence de chute, mais le courage de la reconnaître et de demander pardon avec sincérité.

La seconde leçon est d’étendre la miséricorde envers les autres. De même que nous demandons à Dieu d’être miséricordieux et de ne pas nous détruire à cause de nos manquements, nous devons apprendre à pardonner, relâcher la rancune et passer sur les offenses. Entrer dans la nuit avec pardon nettoie l’âme de la colère et permet repos et renouvellement.

De là nous emportons plusieurs pratiques quotidiennes : sortir de la routine et dire les paroles de pardon avec une attention renouvelée ; transformer obscurité et fatigue en occasions de proximité et non de désespoir ; et faire entrer la miséricorde dans les relations humaines.

L’essentiel :

Pourquoi les Sages ont-ils institué « VeHou Ra’houm » précisément à Ma’ariv ? À Cha’harit et Min’ha, les Tamidim apportaient une expiation pour les fautes du temps correspondant, tandis que la nuit aucun nouveau Tamid n’était offert. Les Sages ont donc fixé « VeHou Ra’houm » comme supplication verbale afin que Dieu pardonne les fautes du jour. La nuit est également associée à un renforcement du jugement et de l’accusation, et certaines sources relient le verset à l’ancienne pratique de recevoir des coups avant Ma’ariv puis de demander aussitôt la miséricorde.

Au terme d’une journée remplie, lorsqu’il ne reste aucun sacrifice physique à déposer sur l’autel, les portes du Ciel s’ouvrent par la force de paroles pures. La miséricorde divine n’attend pas une journée pleine de réussites. Elle jaillit précisément de l’obscurité et du cœur brisé. Lorsque l’homme ose regarder son âme, pardonner aux autres et placer sa confiance dans son Créateur, l’obscurité elle-même peut devenir une source d’expiation et de renouvellement.

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