Un moment de réflexion
Un moment de réflexion

On peut perdre une fonction sans perdre sa sainteté

Rabbin Yosef WeizmanRabbin et conférencier
Rabbin Yosef Weizman

Les premiers-nés ont perdu le service sacré après le Veau d’or, mais leur statut particulier n’a pas disparu. Certaines erreurs changent notre route, mais elles n’ont pas à effacer la personne qui se tient encore ici.

Quelle perte pleurez-vous si intensément que vous risquez de ne plus voir ce qui reste précieux, saint et possible en vous aujourd’hui?

Pour approfondir

Il existe un fait concernant le pidyon haben auquel nous pensons rarement. À l’origine, les premiers-nés n’étaient pas seulement saints et soumis au rachat ; ils portaient le service sacré. La Michna dit : « Avant que le Michkan ne soit érigé, les autels privés étaient permis et le service était accompli par les premiers-nés » (Michna Zeva’him 14,4).

Puis la faute du Veau d’or changea le cours des choses. Rachi explique le verset « J’ai pris les Lévites parmi les enfants d’Israël à la place de tout premier-né » en disant que le service appartenait à l’origine aux premiers-nés. Lorsqu’ils furent disqualifiés à cause de la faute du veau, les Lévites qui n’avaient pas servi l’idolâtrie furent choisis à leur place (Rachi sur Nombres 3,12).

Cela soulève une question humaine douloureuse : que se passe-t-il lorsqu’une personne perd une fonction qui aurait pu être la sienne ? Certains regardent leur vie en arrière et se disent : j’aurais pu être un autre père, un autre fils, un plus grand érudit en Torah. J’aurais pu utiliser autrement les capacités que j’ai reçues. Parfois une décision change réellement un parcours de vie. Parfois une occasion est perdue et tout ne peut pas revenir exactement comme avant.

Mais il est une conclusion qu’il ne faut pas tirer : si j’ai perdu une fonction, j’ai donc perdu ma valeur. Les premiers-nés ont perdu le service du Temple, mais ils n’ont pas disparu de la Torah. La Torah dit encore : « Tu rachèteras certainement le premier-né de l’homme » (Nombres 18,15). Le premier-né reste premier-né et conserve un statut particulier.

C’est un grand principe de la techouva. Certaines erreurs ont un prix. Le judaïsme ne promet pas que chaque occasion reviendra ni que chaque conséquence disparaîtra. Mais il ne permet pas non plus au passé d’effacer la personne elle-même. On peut échouer tout en restant une âme dotée de choix, de dignité et de la capacité de construire l’étape suivante.

Maïmonide écrit : « Grande est la techouva, car elle rapproche l’homme de la Présence divine », et ajoute qu’hier il était éloigné tandis qu’aujourd’hui il est « aimé et agréable, proche et ami » (Michné Torah, Hilkhot Techouva 7,6). La techouva n’est pas seulement la suppression d’une ligne dans un compte. Elle reconstruit une relation.

La faute murmure : tu n’es plus la personne que tu aurais pu devenir. La techouva répond : peut-être as-tu perdu quelque chose. Peut-être qu’une chose précieuse ne reviendra jamais sous sa forme première. Mais toi, tu n’es pas perdu.

Le pidyon haben tient ensemble deux vérités : une mission a été perdue et une sainteté est restée. La question importante n’est donc pas seulement : « Qu’ai-je perdu ? » Elle est aussi : « Qu’est-ce qui reste saint en moi malgré ce que j’ai perdu, et que puis-je en faire maintenant ? »

On peut passer toute sa vie à pleurer ce qui n’est plus et manquer, pendant ce temps, ce qui est encore entre nos mains. On peut perdre une place qui était la nôtre sans perdre qui l’on est. Dieu ne nous demande pas d’effacer le passé. Il nous demande de ne pas laisser le passé nous effacer.

Cet article fait partie de la prochaine série de livres « Un moment de réflexion » (רגע אחד של מחשבה).

Inviter le rabbin Yosef Weizman à donner une conférence