Pourquoi est-il si difficile d’admettre que nous nous sommes trompés après avoir tant investi?

Plus nous avons investi dans une décision, une dispute ou une manière de vivre, plus il devient difficile d’admettre que la direction est peut-être mauvaise. Mais dix kilomètres dans la mauvaise direction ne justifient pas d’en marcher dix de plus.
Où continuez-vous principalement parce que vous avez déjà investi trop d’orgueil, de temps, d’argent ou d’identité pour dire : « Je me suis trompé »?
Pour approfondir
Plus une personne a investi de temps, d’argent, de statut ou d’orgueil dans une direction, plus il lui devient difficile de dire : je me suis trompé. Elle peut comprendre que l’entreprise n’est plus bonne, que la dispute est devenue inutile, qu’une approche éducative fait du mal ou qu’une habitude la détruit, et continuer malgré tout simplement parce qu’elle a déjà payé si cher pour la route choisie.
C’est un piège humain profond. Quelqu’un a passé des années à bâtir une entreprise, alors changer de direction lui donne l’impression d’admettre que toutes ces années ont été perdues. Il a défendu pendant des années une manière d’éduquer, alors il lui est difficile d’entendre un enfant dire qu’elle lui a fait du mal. Il a combattu longtemps dans un conflit, alors reculer lui semble effacer tout ce qui a précédé. Mais si j’ai marché dix kilomètres dans la mauvaise direction, est-ce une raison d’en marcher dix de plus ?
Haazinou nous tend un miroir tranchant. « Le Rocher, Son œuvre est parfaite, car toutes Ses voies sont justice… Il est juste et droit » (Deutéronome 32,4), puis immédiatement : « La corruption est leur fait… le défaut est celui de Ses enfants » (32,5). Avant de pousser la faute vers l’extérieur, le chant rend la responsabilité à l’être humain.
La confession est construite de la même manière. Maïmonide écrit que le pécheur doit avouer explicitement qu’il a fauté, mal agi et transgressé (Michné Torah, Hilkhot Techouva 1,1). Rabbénou Yona compte le regret parmi les éléments essentiels de la techouva : l’homme reconnaît le mal de l’acte et cesse de défendre le passé simplement parce qu’il est le sien (Chaarei Techouva, porte 1, section 10).
La difficulté n’est pas toujours de savoir que nous nous sommes trompés. Parfois nous le savons déjà. La difficulté est le prix de l’aveu : s’excuser, revenir sur une décision, renoncer à l’orgueil, peut-être perdre de l’argent ou reconnaître qu’une personne qui s’opposait à nous a vu quelque chose que nous n’avons pas vu.
Cela est particulièrement douloureux dans les relations. Un parent peut dire : j’ai tout fait pour mes enfants. J’ai travaillé, je me suis inquiété, j’ai sacrifié et j’ai donné tout ce que je pouvais. Tout cela peut être vrai. Puis un enfant adulte dit : il y avait une chose à la maison qui a été très difficile pour moi. Le parent peut l’entendre comme si vingt-cinq années d’amour étaient effacées. Mais deux vérités peuvent exister ensemble : j’ai beaucoup donné, et sur un point je me suis trompé. Reconnaître l’erreur n’efface pas le bien. Cela empêche simplement d’utiliser le bien comme excuse pour ne pas voir ce qui doit encore être réparé.
Il en va de même dans les disputes. Plus nous avons défendu longtemps une position, plus il devient difficile d’en descendre. Parfois nous continuons non parce que nous sommes encore convaincus, mais parce que nous ne savons pas revenir sur nos pas sans avoir l’impression d’avoir perdu.
L’amour de la vérité se mesure non lorsque la vérité nous flatte, mais lorsqu’elle arrive avec un prix. Voudrions-nous savoir que nous avons tort si cela exigeait des excuses ? Si les autres le savaient ? Si cela nous obligeait à changer quelque chose que nous aimons ?
La techouva ne nous demande pas d’effacer toutes les raisons qui nous ont conduits jusqu’ici. Elle demande quelque chose de plus difficile : cesser de laisser le prix déjà payé décider combien nous paierons encore. Parfois, la seule manière de sauver ce qui reste consiste à prononcer deux mots que l’ego déteste : je me suis trompé. Maintenant, on répare.
Cet article fait partie de la prochaine série de livres « Un moment de réflexion » (רגע אחד של מחשבה).